une création partagée imaginée par Léa Menahem // Texte Antonio Carmona // Mise en scène Léa Menahem // Jeu Quentin Bardou, Johanna Bonnet, Jimmy Marais et les élèves… // Création « Saison 1 » avec les élèves de CM2 de l’école Louis Pasteur de Saint-Jean-en-Royans, 30 juin 2018, La Parenthèse à Saint-Jean-en-Royans // Création « Saison 2 » avec les élèves de CM2 de l’école François Levret de Viuz, 20 juin 2019, Salle Polyvalente de Faverges // Production Cie Transports En Commun // Co-production Ateliers Médicis (Création en Cours), Fabric’Arts // Remerciements Serge et Frédérique Marion, Marine Dardant-Pennaforte, Sébastien Marc, la Fédération/cie Philippe Delaigue, la commune de Saint-Jean-en-Royans, la commune de Faverges-Seythenex, les équipes pédagogiques.

le projet

Peaky-Swear (la promesse patraque) se construit autour de questionnements et thématiques chères à l’enfance : mensonge(s) et vérité(s), promesse(s) et imaginaire(s). Fruit d’une commande à l’auteur Antonio Carmona, la pièce est abordée comme un canevas, que la rencontre entre l’auteur et les jeunes interprètes vient nourrir, amenant à l’écriture de partitions écrites pour eux. Le projet voit le jour en 2017 dans le cadre d’une «Création en Cours» avec les Ateliers Médicis : l’équipe de la compagnie Transports en Commun part pour une résidence longue dans une école primaire de la Drôme, à Saint-Jean-en-Royans.
La pièce est reprise cette saison 2018-2019 avec les élèves de CM2 de l’école de Viuz à Faverges (Haute-Savoie) : cette nouvelle résidence donne lieu à une nouvelle rencontre entres les professionnels de la compagnie et les enfants, et donc à un nouveau travail d’écriture et de mise en scène ; au terme de trois semaines et demi de résidence, ils livrent la deuxième édition de Peaky Swear (la promesse patraque), toujours inspirée par les enfants.

Le désir de la compagnie est de pouvoir continuer d’explorer cette aventure avec de nouveaux interprètes, de nouveaux enfants, toujours dans une dynamique de partage et de transmission.

©Florian Geyer

la pièce

«Il y a longtemps, Celui-qui-a-promis a fait une mauvaise promesse à sa mère juste avant qu’elle ne meure.
Une promesse pourrie, toxique… patraque.
Depuis, impossible pour lui de se jeter joyeusement dans les montagnes russes de la vie. Le nez collé au mur, les fesses sur le banc, il attend.

Figé.
L’histoire connaîtrait sans doute son point final si 18 enfants malicieux ne
reconvoquaient pour lui son passé et ne le forçaient à revivre le drame.
Indiens, écoliers, procureurs, timide et va-nu-pieds vont faire resurgir de sa
mémoire une mère malade, une fée amnésique, un professeur qui n’aime pas les mardis et un juge correcteur. Jusqu’à ce que, peut être, la promesse soit
rompue et que le mensonge intervienne comme un merveilleux remède.
Car, au fond, mentir, c’est aussi inventer des soleils.»

©Marc Dufournet

intention

« Pinky-swear ! » se disent les enfants dans la cour de l’école. C’est un pacte.
C’est un « Promis-juré ». C’est fort. C’est vrai. C’est beau et c’est bon. C’est du
sérieux et ça rigole pas. « Donner c’est donner, reprendre c’est voler » et cela vaut pour l’éternité quand on a juré.
Mais que faire quand la promesse devient intenable ? quand on a signé le contrat sans avoir lu les petits caractères en bas ? quand elle est pourrie, cette promesse ? quand elle est patraque ?

C’est la principale question que pose la pièce. Se posant, elle apporte avec elle pléthores d’autre problématiques, parfois touchant à des sujets plus adultes ou « graves » – l’amour, le mensonge, l’injustice, la mort.
Empruntant au conte de fées, le spectacle laisse la part belle à l’imaginaire et aborde ses problématiques comme peuvent le faire les enfants, c’est à dire avec sérieux, mais aussi bizarrerie et légèreté, usant des moyens offerts par le théâtre pour les mettre à distance, et pouvoir même – pourquoi pas ? – en rire une bonne fois.
Elle déploie l’idée que la vérité est une notion hautement subjective, multiple, mouvante, fruit de notre perception du monde réel passée à la moulinette de nos imaginaires. Encore une histoire de théâtre donc, lieu des réalités artificielles et des mensonges vrais, où le monde se déforme pour mieux se révéler.

Les œuvres qui mettent l’enfant au centre de leur proposition m’ont toujours fasciné. Lorsque l’artiste se met au service, au plus proche de cet état d’enfance, le résultat est souvent bouleversant, et rend tangible au spectateur ce sentiment incroyable d’être « avec », de redécouvrir ou « redevenir » enfant.

J’ai fait appelle à Antonio Carmona qui travaille depuis longtemps pour et avec ce public. Je souhaitais qu’il soit avec nous sur l’ensemble des répétitions pour capter les personnalités et les inventions de nos jeunes acteurs, afin de leur écrire des partitions inspirées par eux, inscrites dans une histoire qui questionnerait « les promesses ». C’est donc un projet qui s’est inventé in situ, et qui se réinvente à chaque fois que nous sommes amenés à rencontrer de nouvelles classes.

A l’instar de Pinocchio de Collodi dont sont inspirés certaines scènes et personnages, Peaky Swear (la promesse patraque) s’articule comme un conte initiatique. Mais contrairement à la morale du texte italien, c’est une ode à l’imaginaire et une toute autre invitation qui est faite au spectateur : se donner le droit de se tromper, de changer d’avis, de revenir en arrière, de s’inventer nouveau et de se libérer de ses mauvaises promesses.
Et ainsi, « prendre dans ses bras la vie ».

Léa Menahem

extraits

Le chef des indiens : Je vais te dire un truc la fée : Tu sortiras jamais d’ici.
Les 5 indiens : Sortir un truc de toi n’arrivera jamais ici : fêlée.
Le chef des indiens : T’es quel genre de fée d’ailleurs ? Une fée du logis ?
Les 5 indiens : Ah-Ah Ah-Ah-Ah !
La fée : Non. Une fée-mère.
Petit temps.
Le chef des indiens : Une éphémère ? C’est quoi ? Un médicament !
Les 5 indiens : Smecta beurk ! Sirop ok ! Tous tous !
La fée : Je ne resterai pas ici pour toujours vous savez… Bientôt il viendra me libérer… Il me laissera m’envoler… Celui que vous craignez tant : Le grand sioux sans un sou.
Petit temps, ce nom fait un peu peur aux indiens.
Le chef des indiens : Impossible la fée. Il est paumé, il peut plus bouger et nous : on avance vite.
On rattrape pas le temps perdu. Ton rêve c’est de la fumée.
Les 5 indiens : Tu rêves Fébreze, tic tac sur l’oreiller. S’accroche au banc fichu qui rattrape plus la mauvaise trêve. Nous, phénomène qui filons haut. Mauvais coton : salut Mylène.

Peaky Swear (la promesse patraque) d’Antonio Carmona, 2019